Pollution du crassier de
Hayange : le tour de passe-passe d’ArcelorMittal
Dans l’affaire de la pollution du crassier de Marspich, la cour
d’appel de Metz a considéré que,
du fait de la fusion opérée par ArcelorMittal France avec sa
filiale Amal, l’action publique était éteinte à l’encontre du
géant sidérurgique, lui permettant ainsi d’échapper à toute
condamnation.
L’ancien
crassier
de
Hayange-Marspich,
dans
la
zone
Terville
sud.
Photo
RL
/Julio
PELAEZ
-
Photo
DR
C’est un délibéré qui était attendu par bon nombre de
défenseurs de la cause écologique, au premier chef desquels
figuraient la communauté d’agglomération du Val de Fensch ainsi
que les
associations France Nature Environnement, Mirabel-LNE et Air
Vigilance, parties civiles au procès qui les opposaient au géant
sidérurgique ArcelorMittal dans l’affaire du crassier de
Hayange-Marspich.
Une fusion pratique…Relaxé en première instance, ArcelorMittal a invoqué, devant les
juges de la cour d’appel de Metz, une jurisprudence de la Cour de
cassation datant de 1996, qui affirme de manière constante :
« Nul
ne peut être punissable que de son propre fait. » Appliqué au
droit des entreprises, ce principe pose qu’une société absorbante
ne peut se voir reprocher des faits commis antérieurement à la
fusion par la société absorbée.
Malin et pratique pour le géant
sidérurgique qui, le 1er juillet 2019, a, par le biais
d’ArcelorMittal France, absorbé sa filiale Amal. Ce
qui a logiquement éteint toute action publique à son encontre. La date
de
la fusion n’avait pas
été choisie au hasard, intervenue entre le
premier procès d’Amal (27 mai 2019), où elle avait été informée
que le jugement serait rendu trois mois plus tard, et le délibéré
(23 septembre 2019).
…qui éteint l’action publique Ainsi, jeudi 11 mars, les juges de la cour d’appel de Metz se sont
rangés du côté du parquet – à l’origine de l’appel contre
ArcelorMittal mais qui a changé de position au moment de rendre ses
réquisitions
– pour décider que l’action publique est, du fait
de la fusion, bel et bien éteinte contre ArcelorMittal France. Donc,
« la responsabilité pénale de la SARL ne peut être recherchée
pour ces faits ».
Pour Me Bertrand Mertz, avocat de la communauté d’agglomération
du Val de Fensch, qui ne réclamait que 1 200 euros de dommages et
intérêts, par principe, face aux 70 milliards de chiffre d’affaires
du plus
gros producteur d’acier au monde : « Cette décision est
un message que la cour envoie à toutes les sociétés commerciales
qui ont commis des faits de nature pénale : pour ne pas être
condamné, changez de
forme juridique entre le jugement et le
délibéré ! »
Le Républicain Lorrain - Clara Hesse - 11/03/2021 à 20:48